Le 15 avril 2025, le musée du Quai Branly inaugurait l’exposition Mission Dakar-Djibouti [1931-1933] : contre-enquêtes.
A l’époque, d’importants trésors artistiques et objets dits ethnographiques sont rapportés des colonies1. Cependant, bien que ces objets aient permis de faire rayonner les musées dans les années trente, leur acquisition a plus tard été ouvertement critiquée. Le contexte d’acquisition de ces œuvres, surtout à travers celui de la colonisation européenne sur l’Afrique, a laissé place à beaucoup de débats. Le plus important étant celui de la restitution d’œuvres d’art réquisitionnées, on parle alors de spoliation de biens culturels.

En 2017, le président Emmanuel Macron déclarait sa volonté de rendre à l’Afrique des objets issus de son patrimoine.
« Je veux que d’ici à cinq ans, les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique. » (Ouagadougou, novembre 2017)
Le 27 octobre 2021, une cérémonie était organisée au musée du Quai Branly (le musée de Paris où se trouvent la majorité des objets non-européens et décrits comme ethnographiques) pour la restitution de 26 œuvres du trésor d’Abomey réclamées par le Bénin. Cette restitution et cette décision de la France se sont basées sur le rapport Sarr-Savoy qui porte le nom de l’un des deux membres missionnés pour monter un dossier quant aux restitutions que la France se devait d’engager envers l’Afrique subsaharienne. Quasiment un an après la déclaration d’Emmanuel Macron en novembre 2017, l’historienne de l’art Bénédicte Savoy et Felwine Sarr, écrivain et universitaire sénégalais, ont remis leur rapport.
Bien entendu, ces événements ne se rapportent pas seulement à une question de justice et d’appartenance mais accompagnent tout un processus de remise en question et d’étude de la colonisation et de ses répercussions sur les territoires et les peuples en question.
A propos de l’Algérie, le président Macron a affirmé durant ses mandats une volonté de mettre en lumière les dommages et violences causées à l’Algérie notamment lors de la décolonisation.
« L’histoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie a, à cet égard, fait l’objet d’une attention particulière du Président de la République, tant les blessures mémorielles issues de cette période sont encore vives dans notre société. 2» Emmanuel Macron.
C’est l’historien Benjamin Stora qui a été missionné en 2020 pour monter un rapport à ce sujet. Stora préconisait des mesures et des actions envers le peuple algérien, qu’il s’agisse de la reconnaissance d’assassinats d’Algériens ou de restitutions de biens culturels.
Consulter le rapport : Rapport Stora
A l’époque de la présidence de François Mitterrand, la France était déjà scindée par un débat concernant ces restitutions. Dans le contexte de la restitution d’œuvres de Monet, le président français remerciait l’Allemagne avec un discours prononcé le 30 mai 1994. Mitterrand commençait son discours d’une façon un peu frileuse quant aux torts européens :
« Jusqu’ici les musées, tous les musées d’Europe, je ne dirai pas d’ailleurs, ce serait une formule trop générale, ont été remplis d’oeuvres acquises ou conquises dans les conditions sur lesquelles il n’est pas nécessaire d’insister. ». Il fit également référence à l’affaire des manuscrits coréens : « Beaucoup en France m’ont considéré comme un mauvais patriote, qui, d’un trait, rayait un à deux siècles d’histoire. Je me souviens aussi d’avoir vécu un moment de cette sorte pour un beau document coréen. 3».
En 1991, la Corée réclamait des manuscrits coréens réquisitionnés durant une expédition d’ordre punitif en 1867. Le gouvernement souhaitait rendre visite aux coréens avec comme présent, ces manuscrits. Or la BNF s’y opposa. Le président changea alors de technique. Il demanda à ce qu’un manuscrit puisse l’accompagner en Corée pour le présenter aux dirigeants coréens. Finalement, Mitterrand et son ministre Lionel Jospin parvinrent à offrir le manuscrit malgré l’opposition des membres de la BNF alors sur place. On ne saurait dire à l’époque si ce geste était plus symbolique que pratique, car la France cherchait à faire commerce de ses TGV avec les Coréens. Dans le discours prononcé en Alsace, Mitterrand mentionnait également une possible crainte des musées à se voir vidés :
« Cela dit, que de conservateurs dans nos pays, que de responsables de nos grands musées doivent ce soir éprouver une certaine inquiétude ! Et si cela se généralisait ? Je ne me risque pas beaucoup en pensant que cet exemple restera très particulier et que la contagion s’arrêtera assez vite. »
On notera tout de même que le président employait le terme de « contagion ».
Les marbres du Parthénon
Le cas de l’Afrique est loin d’être le seul à susciter la question des restitutions. La Grèce se dispute encore le rapatriement des marbres du Parthénon détenus au British Museum depuis 1817. Ce musée, loin de revoir sa position, détient les marbres dits « marbres d’Elgin » depuis que Lord Elgin, endetté, a dû les vendre au musée après les avoir rapatriés en Angleterre. A l’époque, en 1801, la Grèce est encore sous domination ottomane et Thomas Bruce alias Lord Elgin (1766-1841), ambassadeur britannique, se trouve en Grèce. Un conflit s’y déroule opposant les Anglais alliés aux Ottomans et les Français.

Le Parthénon a pourtant déjà bien souffert de par la faute des hommes. Les Turcs avaient notamment l’habitude d’y placer leur poudre qui y explosa à deux reprises. Certains récits racontent même que, horrifié de voir des combattants démonter le Parthénon pour en jeter les pierres sur leurs ennemis, un individu fortuné et sensible au destin de l’édifice offrit de payer des armes aux deux camps pour qu’ils cessent de démanteler le lieu.

Les frises au fond de l’eau
En 1802, un des bateaux qui transporte des caisses de ces vestiges, le Mentor, coule à une faible profondeur (environ 20 mètres). Les sculptures restent dans l’eau durant deux ans avant que ne soient engagés des pêcheurs grecs pour tenter de récupérer avec succès le contenant des boîtes et permettant de ce fait la spoliation de leur patrimoine.
Prenez en compte plusieurs choses pour saisir le geste d’Elgin et les débats qui en ont suivi :
D’une part, Lord Elgin avait beaucoup à gagner. A l’époque, ses finances vont mal et il ne brille pas dans sa carrière. C’est le moment pour lui de se faire remarquer.
D’une façon plus générale, le XIXe siècle voit s’instaurer la pratique des Grands Tours d’Europe des jeunes gens fortunés. Il s’agit alors de se cultiver. De ce fait, beaucoup souhaitent rentrer chez eux avec des éléments plus ou moins importants du patrimoine des pays visités. Ces personnages étant très aisés, imaginez le type de souvenirs qu’ils sont en mesure de rapporter. Un grand engouement pour la culture européenne perdure alors, inspiré par les Lumières et bientôt par les romantiques (Victor Hugo, Byron, Lamartine…). D’ailleurs lorsque Byron visite le Parthénon, il assiste à l’envoi des dernières pièces de marbres choisies par Elgin. Il en est profondément offusqué. Les faits lui inspirent une partie de son poème Childe Harold’s Pilgrimage dans lequel il prend le parti des Grecs et assimile les Turcs aux Goths :
« Nous avions échappé aux ravages du Turc et du Goth, ton pays nous envoie un barbare pire que ces deux-là réunis ». Athéna faisant référence à Lord Elgin lors d’une discussion avec Harold, personnage principal Britannique du poème.
Toujours dans ce culte romantique du passé, l’art grec et l’art italien sont considérés comme les canons de l’art. Une raison de plus pour Lord Elgin de les dérober et d’apporter ces illustres sculptures dans son pays. D’autant plus qu’au début du XXème siècle, les musées européens rivalisent quant à qui aura la plus grande collection d’objets issus du monde entier.
En 1815 environ, la France rend des objets conquis lors de ses guerres napoléoniennes selon la décision du Congrès de Vienne. A la différence des Français, Lord Elgin ne dérobe pas les marbres lors d’un conflit sanglant. Il y est, selon l’Angleterre encore aujourd’hui, autorisé. Et c’est d’ailleurs ce point qui fera débat.
Enfin, la Grèce devient un pays indépendant en 1830 et quoi de mieux pour ce nouveau pays que de récupérer son patrimoine ? C’est un héritage national qui a été saisi dans un contexte colonial et permettrait, grâce à une certaine fierté retrouvée, de panser les plaies subies pendant ce processus d’indépendance.
NB : Lord Elgin, 7e comte d’Elgin (1766-1841) a pour fils James Bruce, 8e comte d’Elgin (1811-1863). Celui-ci fut à l’initiative de la destruction du palais d’été en Chine, siège de la dynastie Qing, durant la seconde guerre contre l’opium.

Le débat
L’original du firman (décret royal délivré dans l’Empire Ottoman), soit le texte original autorisant Elgin à s’emparer des marbres, rédigé par l’Empire Ottoman, a été perdu et il ne demeure aujourd’hui que sa traduction italienne qui est remise en question et que beaucoup estiment « non fiable ».
Lorsque chute la dictature des Colonels en 1974, il paraît naturel à la Grèce de réitérer sa demande, mais celle-ci demeure ignorée.
Les arguments au sein des musées
Beaucoup d’institutions plaident pour le retour des marbres en Grèce. Parmi les arguments figure celui rappelant que les marbres n’ont pas été réalisés dans le dessein que quelqu’un les observe de près (cf Lettres de Quatremère à Canova sur les sculptures d’Elgin (1818)) leur véritable place étant hors de portée, à une certaine hauteur. D’autre part, ils nécessitent une pièce dédiée ainsi que d’être recontextualisés spatialement mais aussi historiquement.
En 1984, lors de la conférence de l’UNESCO à Mexico, la ministre Melina Mercouri plaide une nouvelle fois pour le retour des marbres. Fait intéressant, elle ne demande pas à ce que tous les musées se vident de leurs acquisitions grecques mais seulement la restitution des frises du Parthénon. Elle met en avant le principe du contexte in situ des œuvres, c’est-à-dire qu’il ne s’agit pas d’un tableau qui pourrait par exemple être présenté dans n’importe quel espace mais d’un groupe qui a été créé pour être montré ensemble, à savoir au sein de l’architecture du Parthénon et de ses décors. De plus, le British Museum manque même de sens pédagogique dans son exposition des objets. Détenant une cariatide qui est une sculpture de femme censée soutenir des éléments comme le ferait une colonne. Son absence n’est pas occultable lorsque l’on admire ses sœurs restées en Grèce. Pour les puristes du principe de l’in situ, il est flagrant que cette cariatide devrait retrouver sa fonction initiale…

Après l’an 2000, la Grèce change de tactique. Elle n’aspire plus à récupérer les droits sur ses œuvres mais propose au British Museum de rapatrier les marbres en Grèce, en échange de copies et de prêts d’autres sculptures. Sa proposition n’est pas acceptée. En 2002, le directeur du British Museum rencontre un représentant grec mais cet entretien n’a que pour objectif de la part du musée d’insister sur sa défense et cela en jouant sur des déclarations de l’ICOM (le conseil international des musées). Celui-ci prône que la mission des musées est d’instruire et que ceux-ci sont au service « non seulement aux citoyens de leurs nations, mais du peuple de chaque nation » . En 2009, la Grèce avait pourtant fait construire par les architectes Bernard Tschumi et Michael Photiadis, le tout nouveau Musée de l’Acropole qui avait pour projet d’accueillir les figures manquantes. En attendant, celles-ci demeurent sous la forme d’hologrammes.
NB : C’est Madame Amal Clooney, célèbre avocate et épouse de George Clooney, qui représente le dossier de la Grèce.
Les combles du British Museum
Le British Museum fait office de mauvais élève dans la question des restitutions et pas uniquement à cause des marbres grecs.
Lorsqu’il est sujet de restituer des œuvres, le musée use de l’argument selon lequel il est un lieu important regroupant un nombre immense d’objets de cultures et de civilisations différentes. Ce qui est vrai. Le musée estime qu’il conserve plus de 8 millions d’objets dans ses réserves et que seulement 1% d’entre eux sont montrés au public.
« Quel autre endroit sur notre planète regroupe sous un même toit le fruit de deux millions d’années d’activités humaines ? » (George Osborne, président du musée, 2022).
Pour autant, si l’on demandait au British Museum de prêter ses trésors britanniques, au nom de l’enjeu culturel de l’humanité comme il se plaît à le rappeler, le musée émettrait certainement une objection.
You Hide me est un film de 16 minutes réalisé par Nii Kwate Owoo, alors étudiant, qui était parvenu à se faire inviter à l’intérieur des réserves du musée. Dans les images qu’il a prises, on aperçoit des biens africains entassés de manière aléatoire et parfois sans grandes mesures de conservation. Ce film permettait notamment au réalisateur de critiquer l’éloignement des objets culturels qui manquaient à leur peuple et qui étaient totalement inutiles entreposés dans la poussière des réserves du British Museum. Ce film réalisé en 1970 démontre que la question des restitutions étudiée depuis peu par les musées n’est pas nouvelle. Estimé de ce fait anti-anglais, cette démarche lui a valu de se voir refuser la diffusion de son film au Ghana.
Récemment une partie des français s’est émue d’apprendre que la célébre tapisserie de Bayeux sera prêtée au British Museum.

Crédit : Musée de Bayeux
Au Canada
Dans les années soixante-dix, des mouvements autochtones émergent. Dans un contexte de revendication de leurs droits civiques, il est primordial pour les autochtones d’être impliqués dans la représentation des cultures du territoire. Cela inclut donc leurs représentations dans les musées et surtout la réappropriation de leurs biens patrimoniaux spoliés. Dans les années quatre-vingt-dix – soit vingt ans plus tard- on s’interroge sur la façon d’introduire ces communautés dans le musée. Sur ce point le Canada est le premier à s’y intéresser. L’exposition The Spirit Sings : Artistics Traditions of Canada’s First Peoples a marqué un tournant sur la question. Elle marque le retour (temporaire) de biens conservés dans les musées européens. Certains de ces objets sont des artefacts rituels et ne doivent pas être montrés. Une grande partie de ces biens ont été confisqués4. L’exposition fit d’ailleurs du bruit car le musée était alors financé par Shell, qui exploitait les terres appartenant au peuple Nehiyawak/Cris et qui menaçait leur environnement. On profita des Jeux olympiques d’hiver pour attirer l’attention sur ces événements et beaucoup d’artistes rejoignirent leur cause.
En 1992 le Canada, qui a entendu les récriminations, demande la constitution d’un rapport prônant le partenariat équilibré avec les autochtones, notamment en leur facilitant l’accès aux collections, et stipule la reconnaissance des peuples à parler d’eux-mêmes et s’engageant de ce fait à former du personnel d’origine autochtone.
Le Canada a beau être une figure de proue des initiatives en faveurs des communautés, le pays a tout de même tardé à adopter la Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones qu’il n’a signé qu’en 2021. Lors de sa soumission en 2006, le Canada faisait partie des pays à ne pas l’avoir acceptée.
Aux Etats-Unis
Le pays comprend également des communautés autochtones. Un certain travail a été fait en adéquation avec les ces dernières. Autrefois le récent pays a volé des objets et a notamment récupéré des restes humains lors de fouilles réalisées sans le consentement des communautés. Certains musées conservent aujourd’hui des objets en accord avec les communautés et les leur rendent lorsque celles-ci en éprouvent la nécessité lors de cérémonies par exemple. Ces institutions n’ont pas tout rendu pour autant mais respectent souvent davantage les demandes et les prérogatives de ces communautés.Parfois, les institutions sont « encouragées » si ce n’est poussées à rendre les biens demandés car s’ils ne s’y soumettent pas, ceux-ci peuvent voir leurs subventions suspendues.
NB : A la différence du modèle muséal français, les institutions muséales américaines sont majoritairement publiques, aussi bien dans leur fonctionnement que dans leur financement. La Smithsonian par exemple est publique et de ce fait elle dépend davantage des subventions de l’Etat.
Le National Museum of Natural History (NMNH) qui fait partie du réseau de la Smithsonian comprend 148 millions d’objets. Ses capacités de stockage sont donc immenses. Composés de cinq espaces de près de 45 000 m² chacun et cela sur trois niveaux, les combles renferment beaucoup d’objets appartenant aux communautés. Dans un souci d’inclusion, le musée n’accueille plus seulement des professionnels mais aussi des représentants de ces communautés.
Les Américains n’ont pas hésité autrefois à s’emparer d’objets dits ethnographiques notamment d’ossements pourtant enfouis et cela sans l’autorisation des communautés. D’autant plus que leur pays était alors récent et qu’il a, de ce fait, eu besoin de se construire une certaine histoire. Lorsque dans les années soixante-dix, les autochtones ont réclamé justice, il était difficilement concevable pour les responsables des musées de leur rendre leurs objets. Ceux-ci ont eu recours aux arguments courants : Rendre les objets signerait la fin du musée et les peuples concernés risqueraient d’abîmer et de ne pas savoir conserver correctement les biens rendus.

Pourtant, en 1989 et en 1990, des mesures politiques sont décidées en faveur des peuples autochtones et les musées doivent revoir leur position. La Smithsonian a alors rendu 224 000 objets et les restes de plus de 6 000 personnes. Parfois, les communautés ont décidé de laisser le musée continuer d’abriter certains de leurs objets et restes humains, à des fins scientifiques et pédagogiques.
Des mesures plutôt récentes
En 2007, comme nous le mentionnions plus haut, les Nations Unies signaient une déclaration sur les droits des peuples autochtones qui spécifiait le droit de préserver, cultiver, contrôler leur patrimoine, leur savoir et leur culture. Cette déclaration était à ratifier par les pays membres et quatre d’entre eux ont refusé de la signer : le Canada, les Etats-Unis, la Nouvelle-Zélande et l’Australie, autrement dit des pays qui comprennent sur leur territoire des colonies autochtones encore soumises finalement à leur colonisateur…
Le National Museum of American Indian, créé en 2004 à Washington était alors dirigé par W.Richard West lui-même autochtone. Ce n’est pas le cas de l’ensemble des membres du musée, ce qui peut entrainer des incompréhensions entre-eux. La direction définit le musée comme un « musée vivant » puisque les Autochtones « existent au passé, au présent et au futur » signifiant qu’ils sont vivants et contemporains. Le musée a décidé que les objets devaient être prêtés (certes nous ne sommes pas encore au point de la restitution) lorsque les communautés les demandaient. Il y a également des dialogues récurrents avec les Autochtones et certains des représentants communautaires ont été recrutés par le musée comme co-commissaires. L’institution a tout de même été critiquée par les communautés qui ont trouvé que leur histoire et les massacres dont elles ont été victimes ont été trop minimisés. Les membres du musée non-autochtones ont également été courroucés car ils estiment leur savoir supérieur à celui des autochtones recrutés qui ne sont pas formés aux métiers du musée.
Toutefois cette institution a le mérite d’être la première dédiée aux Autochtones d’Amérique. On a notamment veillé à une conservation respectueuse des objets dans la réserve. Parce que ce sont des objets vivants, ceux-ci ne sont pas mis sous plastique. On a cherché d’autres méthodes de conservation comme des armoires avec des systèmes de respiration ou d’autres solutions parfois naturelles.
Certains, comme beaucoup d’artefacts réalisés avec des matières vivantes, ont parfois été tellement traités par des pesticides qu’ils en sont devenus intouchables.
Quelles solutions apporter à la question des restitutions ?
L’argumentaire des musées s’opposant aux restitutions tient principalement au vide qu’entraîneraient leur rapatriement et à la fin d’une éducation aux œuvres et objets ethnographiques issues des civilisations et autres peuples.
Pourtant beaucoup de solutions pourraient et sont envisagées par des musées prêts à accepter la restitution.
Des solutions
Contrairement à ce que l’on pense, le discours d’Emmanuel Macron ou les récentes restitutions ne signent pas le sac des musées. Le Quai Branly n’a par exemple reçu que six demandes officielles depuis qu’il s’est ouvert aux demandes de restitutions. Beaucoup de pays veulent seulement réacquérir des droits sur leurs biens culturels.
« Les gens pensent que la restitution consiste à rendre les objets, alors que c’est un transfert de contrôle » affirme Eric Hollinger (National Museum of Natural History).
A ce propos, le directeur du Quai Branly confiait à Andrew Curry pour le National Geographic, une anecdote intéressante confirmant que la question des restitutions se devait d’être interrogée des deux côtés. Originaire de Nouvelle-Calédonie, Emmanuel Kasarhérou avait souhaité permettre à ses grands-parents de revoir un objet ancien qu’ils avaient autrefois cédé à un missionnaire. L’objet avait été vendu à un musée en Suisse. Ravi de leur montrer après l’avoir fait venir pour une exposition en Nouvelle-Calédonie, ceux-ci ont expliqué au directeur du musée qu’ils ne reconnaissaient pas l’objet dont ils s’étaient si longtemps séparés.

© Musée du quai Branly © Photo Thibaut Chapotot
Les collections en ligne
Beaucoup de musées proposent des visites en ligne et gratuites de leur musée. Parfois sous la forme de visites interactives, d’autres sous la forme de catalogue de leurs nombreux objets. Au British Museum par exemple, il est possible d’observer en ligne des objets qui ne sont pourtant pas présentés au public mais qui se trouvent dans les réserves. Le rapatriement des biens ne fermerait donc pas l’accès à certaines cultures dans les musées.
Des échanges temporaires
Certains musées envisagent des échanges temporaires entre eux. Cela permettrait de varier leurs collections en les mettant au jour et de faire davantage découvrir la culture matérielle des sociétés.
L’avantage des artistes contemporains
Beaucoup de musées invitent les artistes contemporains à exposer leurs créations. Le musée a pour vocation de partager les différentes cultures et l’art contemporain entre alors en ligne de compte. Beaucoup de musées de société comprennent des espaces où des professionnels viennent travailler.
Les copies
Eric Hollinger a participé à créer des répliques en 3D d’une coiffe abîmée appartenant aux Tlingits d’Alaska. Ces objets ont été le fruit d’un travail entre cette communauté et les spécialistes. Une copie a été placée auprès de l’orignal et une autre a été mise à la disposition des Tlingits. L’original étant abîmé, il était plus intéressant pour les Tlingits d’acquérir une coiffe manipulable.
L’utilisation des copies est un principe intéressant. Si l’on reprend l’idée de représentation de toutes les sociétés qu’estime représenter le British Museum, remplacer les objets demandés par des copies ne modifie pas leur vocation. Et les objets originaux pourraient de ce fait rentrer « chez eux ».
Les technologies
D’autre part, le recours aux hologrammes permet d’une certaine manière de pallier des manques. C’est ce système qu’ont choisi le British Museum et le musée de l’Acropole pour combler les espaces manquant de la frise du Parthénon. C’est aussi l’idée du Musée virtuel des biens culturels volés qui repose uniquement sur des hologrammes. Ce musée a la particularité de ne pas avoir pour ambition de s’agrandir mais, au contraire, de disparaitre.
Consulter le site du Musée virtuel des biens culturels volés : https://museum.unesco.org/
- Des végétaux et des espèces animales sont également rapportées en Europe. ↩︎
- https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2022/10/17/memoire-de-la-colonisation-et-de-la-guerre-dalgerie. ↩︎
- https://www.elysee.fr/front/pdf/elysee-module-8121-fr.pdf. ↩︎
- La confiscation de ces objets n’est pas la seule raison expliquant leur position en Europe. Certains de ces biens sont issus d’échanges commerciaux ou diplomatiques par exemple. ↩︎
Bibliographie
A propos de l’Algérie
https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2022/10/17/memoire-de-la-colonisation-et-de-la-guerre-dalgerie
Le Parthénon
Le Patrimoine du reste de l’Afrique
La situation des Autochtones du Canada et des Etats-Unis
Propos de l’enseignante-chercheuse et maître de conférences à l’Université de Rennes 2, Florence Duchemin- Pelletier.
Général
Curry Andrew, « Les Trésors de la discorde », National Geographic, Mars 2023, numéro 283, pages 36 à 73.

Cet article nous plonge dans le débat complexe des restitutions patrimoniales, avec une attention particulière aux marbres du Parthénon et au British Museum. Les arguments pour le retour des œuvres sont bien présentés, notamment celui de leur contexte dorigine, qui est essentiel pour comprendre leur valeur. Cependant, les musées défendent fermement leur rôle de conservation et déducation, arguant que la restitution pourrait compromettre ces missions. Curieusement, ce sont les exemples américains et canadiens qui semblent montrer une plus grande ouverture, avec des collaborations avec les communautés autochtones. En conclusion, la question des restitutions reste ouverte, avec des perspectives variées et souvent contradictoires.hẹn giờ online
Ah, le Parthénon ! Lord Elgin a certainement bien ri en voyant les Grecs toujours débattre pour récupérer ses souvenirs de voyage. Quant au British Museum, il se prépare à pleurnicher sur la vulnérabilité de ses murs après les restitutions, comme si 8 millions dobjets ne remplissaient pas déjà les combles. On comprend la Grecque Melina Mercouri, qui ne voulait pas vidanger tous les musées, mais juste prélever quelques frises ! Les arguments du musée sur la vulnérabilité de lhumanité sont drôles, surtout quand on pense à leurs trésors britanniques. Et les objets africains dans les réserves ? Un rappel réussi que lhistoire du musée est aussi celle des spoliations. Bien sûr, si le Quai Branly a reçu seulement six demandes, cest que les pays savent bien que la clé nest pas toujours dans la restitution physique, mais dans le transfert de contrôle. Un jeu de chasse aux trésors culturels qui continue, avec des règles parfois plus floues que le firman dElgin !quay random
Ah, le Parthénon ! Quelle histoire de marbre ! Lord Elgin, ce financier en difficulté, a trouvé le moyen déclairer son portefeuille (et son image, espérons-le) en dénichant ces précieuses pièces. Les arguments du British Museum sur la perte didentité du musée en cas de restitutions sont drôlement pittoresques, surtout quand on voit les réserves remplies comme des trappes à objets ! Les solutions envisagées, comme les transferts de contrôle ou les visites en ligne, sont dune inventivité qui fait penser à la tentation de regarder des photos de voyage au lieu de partir en vacances. Bref, une affaire qui, comme une tapisserie de Bayeux prêtée au British Museum, fait beaucoup parler delle et qui, malheureusement, ne semble pas sessouffler.tải video YouTube
Ce débat sur les marbres du Parthénon est dune richesse déconcertante, presque aussi inutile que leffort de Elgin pour empêcher le démantèlement des sculptures. On sent bien que le British Museum, avec son argumentaire on ne peut pas tout rendre, sinon le musée nexisterait plus, est en train de se mettre à laise comme une vieille dame dans un ascenseur qui ne veut pas descendre à létage des restitutions. Les arguments de la part grecque pour un retour des frises, rappelant leur perte dans leau pendant deux ans, sont presque comiques dans leur écho colonial. Quant aux solutions envisagées, comme les visites en ligne, cest le comble : on rend les œuvres virtuelles, mais on garde les vraies pour le fun ! Le tout dans un débat qui fait durer lagonie de lempire colonial sous une autre forme.Đồng hồ đếm ngược online